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Comment gérer beaucoup de centres d’intérêt (et avoir des résultats significatifs dans chacun d’eux)

Je suis intéressé par une infinité de choses.

Peut être que c’est ton cas aussi.

Si tu es comme moi, tu as sûrement un sentiment de frustration. La sensation de ne pas pouvoir tout faire, de ne pas tout découvrir. De rater des opportunités.

Ça peut être un fardeau ou une bénédiction. Soit on en est esclave, soit on approche cette caractéristique de manière stratégique.

Car oui, il y a des méthodes pour en tirer le meilleur des bénéfices.

Prends l’un des meilleurs exemples que la Terre ait connu. Léonard de Vinci. 

Une petite liste de ce qu’il était : artiste, scientifique, ingénieur, inventeur, anatomiste, sculpteur, peintre, architecte, urbaniste, botaniste, musicien, philosophe et écrivain. Entre autres.

Rien que ça. Dur à mettre dans une case, non ?

Je suis persuadé que beaucoup ont eu les mêmes centres d'intérêt par le passé. La grande différence, c’est que lui a eu des résultats significatifs dans chacun d’entre eux.

Au lieu de prendre ça comme une malédiction, il a réussi à le tourner à son avantage. A créer une synergie entre tous ces domaines pour en sortir des solutions créatives et innovantes.

On peut avoir tendance à penser qu'il faut respecter ce que notre cerveau demande : gérer tous ces intérêts en même temps.

Mais un final, la capacité pour obtenir des résultats est universelle : la concentration.

Devenir le jack of all trades ?

Je suis quelqu’un de très curieux.

Pendant longtemps, c’était un problème plus qu’une opportunité.

Je passais mon temps à changer la direction de mon attention, car tout m'intéresse.

Mais j’étais surtout capable de :

  • prendre un sujet

  • d’y mettre 100% de mon attention pendant un temps

  • puis de le délaisser pour faire pareil avec autre chose

Et ce n’est pas un effet de bord de la courbe de Dunning-Kruger.

J’étais assez confiant pour savoir que je pouvais devenir très bon dans le domaine si j’y mettais toute mon attention pendant une certaine période.

Ca vient plutôt d’une prise de recul.

De ce que ça m’apportera réellement en chemin, et des sacrifices associés (qui se résument souvent aux choses que je ne pourrais pas être en mesure de faire).

Avant ça, j’avais le système limbique constamment sur surexcitation sans en avoir conscience. Je le subissais.

J’avais la frustration de ne pas apporter d’importance et de temps à ce que mon cerveau demandait pourtant clairement.

Comme beaucoup, ça a fait tilt quand je suis tombé sur le terme “multipotentiel” (via le livre La malédiction de Vinci).

Ça mettait un mot face à un sentiment qui ne rentrait dans aucune case. 

C’est un terme qui ne désigne pas quelqu’un de spécialement intelligent, doué ou meilleur. Il décrit juste quelqu’un avec plusieurs centres d'intérêt.

C’est encore un concept qui est peu étudié, mais c’est pourtant la situation de beaucoup.

C’est comme ça que le cerveau de la plupart des gens est câblé. C’est un signe fort de curiosité, et du fait qu’on est pas fait pour faire la même chose pendant 40 ans.

Contrepartie

Mais ça vient avec des inconvénients. Ou plutôt, des dangers.

Si on suit cette tendance naturelle sans y faire attention, on finit pas préparer notre échec.

On arrive à faire un peu tout, mais rien de bien. Rien de manière assez profonde pour obtenir des résultats significatifs.

C’est de là que vient l’expression "Jack of all trades, master of none". Des connaissances dans plein de domaines, mais toutes superficielles.

Il faut donc garder le contrôle, et faire des choix conscients.

Mais avant ça, il faut déjà accepter un constat malheureux : le temps est un jeu à somme nul.

Le temps que l’on investit dans un domaine enlève la possibilité de le consacrer à autre chose.

De là arrive un second constat critique : on n'aura pas le temps de tout faire. 

Donc les questions deviennent :

  • Comment choisit-on ce qu'on fait avec intention ? 

  • Quels systèmes peut-on créer pour répondre au mieux à ce phénomène ?

  • Avec quelle répartition décide t’on de remplir notre assiette ?

Le cycle éternel

La curiosité et la soif d’apprendre est une très bonne chose en soi.

Mais tout le cœur de la problématique peut se résumer au syndrome de l’objet brillant.

Le fait d'être toujours attiré par les nouveautés. Une tendance qui nous rend constamment distrait et qui nous invite à placer notre attention sur des nouvelles idées ou projets au détriment de nos priorités actuelles.

En voulant faire plus, on ne fait rien de significatif.

Ce syndrome a plusieurs origines, et est beaucoup plus présent avec les réseaux sociaux.

On passe notre temps à scroll et à entraîner le cerveau à des pensées totalement irrationnelles. 

On voit des vidéos parfaitement tournées mettre en avant un morceau de piano parfaitement joué. Et on se dit “ah, j’adorerai pouvoir faire ça”.

Et 3 secondes après, on tombe sur une vidéo d’un artiste qui dessine quelque chose d’incroyable. “Ah, j’adorerai pouvoir faire ça”.

Et on continue de scroller. Tiens, quelqu’un qui joue super bien au tennis. “Ah,...”.

Tout ce qu’on fait, c’est créer un sentiment de culpabilité. 

A ce moment là, 2 choix : 

  • Soit on on dit qu’il y a trop de choses qu’on aimerait faire, mais on ne sait pas quoi choisir, comment s’y mettre,... (paralysie d'analyse)

  • Soit on est attiré par quelque chose, souvent pour les mauvaises raisons, et on se lance (attiré par l’objet brillant)

En commençant l’aventure de la seconde option, on entre dans le cycle émotionnel du changement (concept théorisé par les psychologues Don Kelley and Daryl Connor)

Le vrai problème, c’est que la majorité passe tout leur temps entre la phase 1 et 3.

On est attiré par quelque chose. On se lance, on est ultra motivé et on y va à fond. 

On ne voit que le positif.

Puis assez rapidement, on se rend compte que tout n’est pas tout rose. Que ça demande du travail. Que ce n’est pas si intéressant au final. Qu’il y a des problèmes auxquels on avait pas pensé.

Et on arrive dans la vallée du désespoir. Le juge de paix entre les touristes et ceux qui ont assez de bonnes raisons pour continuer.

Pour les autres (la majorité), c’est retour case départ sur un autre sujet qui a attiré leur attention.

Ils deviennent addict à la croissance (grâce à la progression rapide du début), mais recommence en boucle dès qu’ils arrivent à un plateau.

Ils sont contrôlés par leur attention et le syndrome de l’objet brillant, mais n'arrivent jamais à atteindre une réelle maîtrise d’un sujet.

Sauf que progresser, par définition, c’est surmonter des choses qui nous semblent compliquées.

Ça n'est pas censé être tout le temps marrant ou plaisant. 

Et il vaut mieux suivre un plan moyen pendant assez longtemps qu’un plan parfait qu'on abandonne au premier obstacle.

Dézoomer et simplifier

On va voir comment gérer ces multiples intérêts au mieux et par quel bout le prendre.

Parce que le fait d’être curieux et intéressé par plein de choses n’est pas une mauvaise chose en soi. 

On ne devrait pas chercher à supprimer cette tendance. C’est en général quelque chose de passionnant et qui donne un sens à beaucoup de choses.

Il faut simplement l’aborder de manière stratégique.

La première chose à faire est de dézoomer. 

Dézoomer sur sa vie. Observer, et se rendre compte qu’il reste encore des décennies à vivre.

Ça devrait déjà donner une certaine perspective...

Ensuite, reconnaître l’importance du présent.

De notre journée actuelle.

Du fait que l’on a 24h, et que le levier est simplement de décider de la répartition temporelle par activité. 

Si notre assiette est pleine pour aujourd'hui, on a pas d’autres choix que de différer certaines activités. D’où l'intérêt de les prioriser.

De là vient justement un exercice intéressant par le fait de se demander ce qui est vraiment prioritaire.

Qu'est ce qui nous importe le plus, et ce qui nous intéresse mais peut être différé.

L'objectif n’est pas de supprimer 90% de nos centres d'intérêt et créer de la frustration. C’est de les clarifier, et de les planifier pour se libérer de cette charge mentale.

A titre d’exemple, je sais que je veux développer une activité artistique (piano ou dessin), mais je l'ai clairement priorisé. 

J’admet très clairement que ce n’est pas mon focus actuel, et que c’est plutôt un objectif moyen/long terme que je démarrerai quand l’heure sera venue. Quand il deviendra prioritaire.

Le second point, c’est la simplification.

Faire moins de choses.

Travailler en “saisons”, en priorisant les projets. Accorder l’intégralité de son énergie à notre priorité actuelle, pour y mettre des efforts suffisants pour avoir des résultats impactants.

Pendant ce temps, tous les autres projets où travaux passés sont en mode maintenance. On y consacre juste assez de temps pour maintenir le niveau et s’assurer que les systèmes fonctionnent correctement.

Une fois l’avancée majeure sur le nouveau sujet réalisée, on peut lui aussi le mettre en mode maintenance.

Et reprendre notre liste de priorités.

Au fil du temps, on obtiendra un volume de projets ou compétences qui s’auto-alimentent et qui ne demandent que très peu d’efforts à maintenir. Ce qui nous laisse l’espace pour développer de nouvelles choses.

Mais si on décide de tout faire en même temps dès le début, le résultat sera proche de 0.

Avec cette approche, on gère le syndrome de l’objet brillant et on le met à notre service plutôt que d’en être l’esclave.

C’est un système qui nous permet aussi de focaliser la consommation de contenu. 

Une consommation axée sur le projet en cours, utile et directement applicable.

On ne va pas aller regarder comment bien recruter si on n'a pas encore lancé son business.

Choisir le bon véhicule

Pour développer cette forme de productivité et mettre ce système en place, il faut avoir le contrôle.

Le contrôle de notre temps, de nos projets, de là où on place notre énergie.

On peut résumer ça par “avoir le bon véhicule”.

Si ton objectif est d’aller d'un point A à un point B, avoir un moyen de transport défectueux annule la meilleure stratégie du monde.

Au contraire, un bon véhicule peut compenser une stratégie moyenne.

Pour quelqu’un qui a plusieurs centres d'intérêt, qui est plus généraliste qu’ultra spécialisé, il faut un véhicule lui laissant la place d’utiliser sa curiosité, et d’appliquer ses apprentissages.

L'arbre de compétences

Pour construire ces apprentissages, il faut construire son propre arbre de compétences.

On peut se baser sur un modèle "T-shaped".

L’idée est d’avoir une expertise dans un domaine précis, en ayant plein de compétences annexes qui viennent supporter la base centrale.

Des compétences où on y a passé quelques 10ènes d’heures, ce qui ne nous place pas en expert, mais dans le top 10%.

Au lieu d'avoir une expertise ultra pointue, on a une vaste étendue de compétences à 7/10. 

A chaque saison et compétence priorisée, notre niveau global augmente. Tout se cumule.

On devient des généralistes focus.

Ça permet de : 

  • Avoir une vue d'ensemble

  • Approcher la résolution de problème d'une meilleure manière

  • Être quelqu’un qui croise les domaines, capable de connecter les idées entre elles

  • Apporter de l'objectivité dans les débats

Etre quelqu'un qui va chercher des réponses dans d'autres cadres de pensées. 

Tu prends les apprentissages d'un domaine, et tu les appliques à un autre.

C’est le propre de la créativité.

Mais pour ça, il faut redéfinir le succès. 

Dans ce cas, il ne vient pas de la profondeur d'une passion, mais de l'éventail et la largeur des champs d'action. 

Il faut sortir du schéma classique simplement pour rentrer dans une case déjà prévue et déterminée. 

Il faut simplement créer la nôtre.

L'approche à avoir

Comment faire en sorte de mettre ta curiosité à ton service plutôt qu’elle joue contre toi ?

  1. Avoir le bon véhicule

La première chose qu’il faut prendre conscience, c’est ta situation actuelle.

Est ce que tu es dans un système accueillant cette curiosité et ces intérêts, et est ce qu’il te permet de les développer au mieux ?

Si ce n’est pas le cas, tu vas avoir une décision importante à prendre. 

  • Décider entre changer de véhicule et les conséquences que ça entraîne

  • Ou admettre que tu vas à l’encontre de qui tu es (et devoir accepter cette frustration pendant très longtemps)

  1. Créer ta hiérarchie d'intérêts

Une fois que le système est bon, on veut éviter le syndrome de l’objet brillant. 

C’est la menace numéro 1 pour avancer sans intention et n’obtenir aucun résultat significatif.

En 15 minutes, tu peux clarifier tous tes intérêts.

Commence par simplement lister tout ce qu’il te passe par la tête. Puis priorise les.

Tout en haut de la pyramide, tu viens de mettre en valeur le domaine où placer ton attention et ton énergie.

Tu remarqueras aussi qu’en retournant cette hiérarchie, tu obtiens en quelque sorte ton “T-shaped”.

  1. Simplifier

Tu vas identifier ce sur quoi tu vas te concentrer pour les prochains mois (l'intérêt tout en haut de la pyramide).

Le mieux étant de te donner un objectif précis, ou de déterminer un niveau à atteindre à partir duquel tu pourras passer cet intérêt en phase de maintenance.

Il reste à accepter le fait de reporter le reste.

Ca sera beaucoup plus facile car tu as créé une explication logique : le fait que ça n’est pas prioritaire pour toi. 

Charge mentale et frustration annulée.

  1. Planifier

Enfin, planifier. 

Une fois que tout est clair, il te reste plus qu’à créer la semaine idéale.

  • Combien d’heures tu vas consacrer à cet intérêt dans la semaine ? 

  • Quand ? 

  • Où ?

  1. Itération & travailler en saison

Quand tu atteins ton objectif, il sera l’heure de faire le point.

  • Qu’est ce qu’il s’est bien passé ?

  • Qu’est ce qui s’est mal passé ?

  • Comment tu peux améliorer le process pour la suite ?

  • Quel est le prochain intérêt à développer en profondeur ?

  • Comment tu peux utiliser les compétences acquises dans ce nouvel apprentissage ?

Être productif en respectant qui on est et nos centres d'intérêt peut se faire sans frustration. 

Ça ne se fait pas en rentrant dans une case, mais plutôt en créant son propre style de vie.

C’est tout pour aujourd’hui, profite bien de ton week-end.

L-A