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Ce n’est pas ce que tu sais qui compte, mais ce que tu crois savoir (comment exploiter ton cercle de compétence)

En 1997, Kodak domine l’industrie photo avec une avance technologique solide. Pourtant, en quelques années, l’entreprise coule. Elle est incapable d’exploiter l’appareil photo numérique qu’elle a elle-même inventé.

Pourquoi ?

Parce qu’elle pensait que son expertise en pellicule chimique était transférable à la révolution digitale.

Spoiler : elle ne l’était pas.

C'est pas une histoire de compétences pures, mais plutôt de ses délimitations.

On se sent protégé par notre "expertise" ou rassurer par le volume de travail qu'on met en place, mais est ce qu'on sait précisément où notre compétence commence… et surtout où elle s’arrête ?

L’illusion de compétence est plus dangereuse que l’ignorance

La plupart des erreurs stratégiques ne viennent pas de ce qu’on ne sait pas, mais de ce qu’on croit savoir.

Tu lis un article de fond sur la psychologie, tu écoutes un podcast sur l’investissement, tu manipules deux trois notions de design… et tu penses avoir les bases.

Mais dès qu’il faut prendre une décision avec un enjeu réel, ton intuition s’effondre (ou tu te rends enfin compte qu'elle est très mauvaise).

C'est à ce moment là qu'on se prend l'effet Dunning-Kruger en pleine face.

Dans la zone d’incompétence, on sait qu’on ne sait pas, donc on reste prudent.

Dans la zone de compétence, on prend des décisions solides, on est en maîtrise.

Mais dans la zone de danger (= pseudo maitrise, où "je pense que je sais, mais je ne sais pas"), la vision est faussée est c'est là que les erreurs graves arrivent.

Charlie Munger résume ça :

“Le vrai avantage à long terme vient d’éviter les erreurs, pas d’être brillant.”

Le cercle de compétence : une barrière mentale et stratégique

Ton cercle de compétence est la zone dans laquelle tu as :

  • Une expérience accumulée

  • Une compréhension profonde

  • Une capacité démontrée à prendre de bonnes décisions (avec régularité)

C’est ton terrain de jeu naturel.

Là où tu es rapide, pertinent, précis. Et là où tes décisions ont des effets positifs mesurables.

Le truc, c'est qu'on a tous tendance à vouloir chercher le plus grand cercle (moi le premier). On veut toujours plus de connaissances, mais on ne cherche jamais à délimiter ce savoir. Du coup, impossible de savoir précisément les frontières entre ce qu'on sait et ce qu'on pense savoir.

En termes d'erreur potentielles, d'impact, de qualité de création, on se trompe de priorité. Car c'est bien l'identification de ces frontières le plus important.

Pourquoi ?

Simplement parce que :

  • C’est là que se joue ton avantage comparatif

  • C’est ce qui minimise tes risques cognitifs

  • Et c’est le seul endroit d’où tu peux croître stratégiquement sans t’éparpiller

“Connaissez votre cercle de compétence et restez-y. Sa taille importe peu ; ce qui compte, c’est de savoir où sont ses limites.”

Warren Buffett (dans sa lettre aux actionnaires de 1996)

(J'évoque Warren Buffet et Charlie Munger, car c'est eux qui ont vraiment fait connaitre le concept, même si c'était déjà utilisé bien avant, par Carnagie par exemple)

Le modèle mental étendu du cercle de compétence

On peut modéliser 4 zones :

  • Le noyau : tes compétences validées et solides (sur lesquelles tu peux compter et grâce auxquelles tu as une très bonne qualité décisionnelle)

  • L’anneau utile : tes connaissances générales (soutiennent ton noyau, mais pas assez profondes pour les décision importantes)

  • La zone de danger : ce que tu penses maitriser (mais correspondant à une vision faussée à cause d'un biais de récence, de lectures superficielles, les concepts “intériorisés mais non maîtrisés”)

  • La zone morte : domaines sans intérêt stratégique (pour toi), ou que tu délègues naturellement car tu sais que tu n'es pas compétent

Le vrai jeu, c’est de bien cartographier ces zones, et de te positionner à la périphérie active. C'est précisément là où tu peux encore apprendre sans basculer dans l’erreur, et progresser pour élargir ce cercle.

3 stratégies pour maîtriser et renforcer ton cercle de compétence

  1. Passer en mode cartographe

Ce que tu n’as pas délimité mentalement, tu ne peux pas exploiter stratégiquement.

Pour commencer, l'idée est ici de bien délimiter toutes ces zones :

  • Faire l’inventaire des situations où on prend des décisions qui produisent systématiquement de bons résultats

  • Identifier les zones où on ressent clarté, intuition, rapidité dans une exécution de qualité

  • Se demander : Où est-ce que les autres me font naturellement confiance ?

Ajoute à ça une bonne dose d’honnêteté (en gros là où tu es médiocre, même avec toute la bonne volonté du monde) pour trouver les zones à ne pas s'aventurer.

Si tu es développeur, mais à chaque fois que tu veux gérer le design, ça reste bancal… Il y a peut être un indice.

Tu peux essayer de compenser autant que tu veux, mais tes efforts n'auront rien d'efficients. Sinon, tu peux t'assurer de l'identifier, et décider de collaborer / déléguer tout en restant dans ta zone de génie.

  1. Élargir son cercle par zones adjacentes

Au lieu d’étendre un cercle à l’aveugle, on ferait mieux de le pousser doucement vers les zones naturellement compatibles.

C’est la logique des compétences adjacentes : tu progresses vite là où les fondations sont déjà présentes, car les ponts peuvent être construits très facilement.

  • Repérer les goulots d’étranglement autour du noyau actuel de compétence

  • Apprendre par nécessité, pas par curiosité générale

  • Avancer par “proximité organique” (extensions naturelles et logiques de ton domaine central)

Si tu sors de 5 ans d'études de psychologie, tu auras plus de proximité avec le copywriting que le design (même si ça peut aider). Dans ce cas, à toi de voir ce qui est le plus pertinent en commençant un nouveau domaine de zéro, ou ou essayant d'élargir ton cercle existant et exploitant un pont déjà à moitié construit.

  1. Aller en profondeur au lieu de s’éparpiller

Je suis le premier à avoir une "approche polymathe" de la curiosité et de l'apprentissage, mais ça n'exclu en rien la concentration et la profondeur.

On peut voir des limites à chaque approche (liés à leurs principes intrinsèques, ou à ce que les gens en font).

Pour progresser, il ne s'agit pas d'avoir le plus de cercles de compétence possibles, mais souvent de les approfondir assez pour en tirer un avantage stratégique.

T'es le 37e “bon en Notion” ? Et alors ?

T'es celui qui comprend comment Notion transforme la culture interne d’une boîte ? Là on parle.

2 options :

  • S'ultra spécialiser pour être le numéro 1 dans ton domaine (peu probable par pure définition, mais ça reste un objectif défendable)

  • Créer une combinaison assez profonde (est ce que tu peux être le seul à lier l'analyse financière et le storytelling ?) pour créer une unicité

Dans les 2 cas, l'élément commun est la profondeur :

  • Explorer les couches invisibles d’un sujet

  • Créer des connexions

  • Devenir non remplaçable (parce qu’on voit ce que personne d’autre ne voit)

La clarté est un avantage compétitif

Si on devait retenir 3 éléments clés :

  1. Ton cercle de compétence est ton unique point d’ancrage stratégique

  2. Le plus gros danger se trouve là où ta perception de compétence est faussée

  3. La croissance durable vient de la profondeur + des extensions adjacentes

“I’m no genius. I’m smart in spots.”

Thomas Watson Sr. (fondateur d’IBM)

Passe un bon week-end,

LA